lundi 9 mars 2015

Victor, de la ville aux champs



J'inaugure ici une série de portraits dans laquelle on découvrira de temps en temps l'un des acteurs de notre Amap, côté association ou côté champs. Voici donc Victor, pour ouvrir le bal. S'il vient à certains d'entre vous l'envie de le faire, ne vous privez surtout pas !

Victor Bello était parti pour œuvrer dans l’enseignement, l’histoire, peut-être, ou bien la culture, côté beaux-arts, mais c’est sur celle des légumes qu’il a viré. Travailler à nourrir les gens, surtout avec de bonnes choses, qui ne nuisent pas, voilà qui l’emplit d’une grande satisfaction. Et l’éclat de bonheur que renvoie son sourire n’a rien d’affecté.


Voilà un jeune homme heureux dans son travail. Rien que de mettre les mains dans la terre lui est un plaisir, et il aime même le désherbage, fastidieux à tant de maraîchers (ou jardiniers amateurs) : « J’ai du mal à expliquer quoi, un peu comme le ménage, ça aide à déblayer en soi ; et quand c’est terminé, quel intense sentiment de travail bien fait ! » Avec cela voir pousser ce que l’on a planté, être connecté aux saisons et aux rythmes du soleil, apprendre à prendre le temps pour voir éclore les pousses, à ne pas être pressé ; et qu’importe si les journées sont très longues aux beaux jours, et s’il rentre le soir épuisé ; quand enfin est venu le temps de récolter, d’apporter aux autres de bons légumes, de les nourrir en quelque sorte, et dans un lien direct, grâce à l’Amap, il sait pourquoi il est heureux. « Quand je travaillais pour le drive d’un hypermarché, je me levais pareil aux aurores, mais c’était pour faire quelque chose de nuisible ; là, non seulement je me sens utile mais, dans le bio et le local, je construis quelque chose qui va dans le bon sens. »
Rien ne destinait Victor à choisir cette voie ; pas d’agriculteurs dans son ascendance, il faut remonter quatre générations pour trouver un métayer. C’est un enfant du pays, qui a grandi dans le Mantois, auprès de parents instituteurs ; on peut deviner dans l’esprit de mission qui l’anime une touche de l’ardeur morale des hussards noirs de la République. Lui a commencé par l’histoire, après le bac, « et en troisième année, un cours de géographie rurale m’a fait bifurquer vers la géographie… » rurale, quand même ! Un mémoire sur la ZAP (zone d’agriculture protégée) de Vernouillet et un master pro urbanisme et développement durable l’amènent à faire des enquêtes de terrain, à rencontrer des agriculteurs, à percevoir les enjeux. « À la fac, j'ai aussi fait mon éducation politique, avec des groupes contestataires et de décroissance. » Mais dès qu’il revient en cours, il a l’impression qu’on lui transmet plus la bonne manière de savoir communiquer sur le sujet que les tenants et aboutissants du sujet lui-même. Il fait par ailleurs un stage pour l’université et l’élaboration de son plan de développement durable. Là encore rôde la com. « Quand on m’a expliqué : “En fait il s’agit de passer de l’image de Nanterre la Rouge à Nanterre la Verte”, j’ai dit stop ! »
Victor prend une année sabbatique dans la maison de ses grands-parents à Vernon, et il découvre le jardinage en faisant renaître le potager. « C’est là que l’envie m’est venue de faire pousser des légumes. » La suite se déroule comme sur un tapis rouge, sans plus aucune hésitation, les circonstances venant servir ses projets au fur et à mesure de leur avancée. Pendant son année de cours en brevet professionnel d’exploitation agricole – « On n’y apprend pas à cultiver, mais à gérer et connaître les subventions ; cela permet d’être reconnu par la profession et de toucher les aides à l’installation » –, il fait la plupart de ses stages chez Agnès et Richard, « le maraîchage est un des rares créneaux financièrement accessibles quand on n’a pas de passé agricole ». Et quelques jours avant la fin de sa formation, fin juillet, Agnès l’appelle de manière inopinée, leur employé vient de partir, ne viendrait-il pas faire la saison chez eux ? « Ça m’est tombé sur un plateau ! »
Il voulait voir s’il était capable de faire de grosses journées, maintenant il sait que oui. « Je me sens différent physiquement, j’encaisse mieux, je n’ai plus de courbatures. » Et il a appris à éviter les tendinites (ah, le souvenir cuisant de sa première récolte de raves) : quand ça commence à tirer, il faut varier les activités. Il connaît maintenant la plupart des ficelles du métier… jusqu’à recevoir les visites d’agriculteurs japonais quand Richard est absent !
N’allez pas croire, ce bourreau de travail aime follement buller, un livre à la main (le dernier, Missak – Manouchian –, de Didier Daeninckx), de la musique dans les oreilles. Les vacances sont également un moment important : « J’aime beaucoup partir en rando avec des copains, juste sac à dos et bivouac ; on ne prépare pas d’itinéraire, on essaie d’avoir le moins d’interaction possible avec l’extérieur, on emporte du riz, des noisettes et on ramasse des plantes pour agrémenter. J’ai fait quelques stages avec des cueilleurs de plantes aromatiques et médicinales, il y a plein de plantes très basiques qu’on trouve partout… Je ne m’aventure pas dans les champignons. »
L’été dernier, c’était dans les Vosges, celui d’avant, dans la Creuse, mais le prochain, il aura peut-être quelque chose d’autre à faire. Victor se sent bien chez Richard, mais ce n’est pas son exploitation, et l’envie sauter dans le grand bain est revenue ; trouver ses terres, quelque part en Île-de-France, ne plus vivre dans l’appartement qu’il partage avec Sandy à Mantes-la-Ville. Alors il bouge Victor, il a profité de ses vacances de février pour aller retirer un dossier, on a été très content de lui, surtout avec une si belle expérience… « Reste plus » qu’à trouver les terres…
Bonne chance à lui !

MLB

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